Lacan Lecteur de Joyce

Avec son titre Joyce le symptôme, Lacan faisait un retour à Joyce pour lequel il avait déjà formulé un diagnostic en 1967, le rangeant parmi les Pères des « diologues », entre Moïse et Maître Eckart. Dire symptôme n’exclut pas la logique mais ajoute autre chose, le métabolisme de la jouissance. Tout ce qui dérive de l’Œdipe freudien en tient le père pour responsable. Lacan, lui, s’inscrit en faux, le discours analytique procédant sans « recours au nom du Père ». Ici se place son appel à Joyce. Ce que Lacan cherchait alors pour la psychanalyse, James Joyce l’a réussi par son art. Il fournit alors à Lacan l’exemple pour ainsi dire spontané, non analytique, qui apporte latéralement de l’eau au moulin de sa thèse d’une psychanalyse… réinventée, qui se passe du Père. Mais surtout un exemple qui montre ce qu’il faut bien appeler l’efficace du sujet, qui loin d’être seulement un effet du language ou du discours comme il l’a d’abord développé, est aussi origine, origine possible d’un dire constituant. Exemple sans prix dans notre époque de déploration des carences du discours.

 

Essais d’épistémologie, pour la psychiatrie de demain

Présentation sur youtube

Le propre de la folie, dans ce qu’elle a de plus humain, est peut-être de ne jamais se laisser saisir. Elle échappe, met en tension toute tentative de théorisation à son égard. Et le sujet, par-delà son trouble, résiste à l’objectivation d’un discours univoque. Ainsi en témoigne l’histoire de la psychiatrie qui semble vouée à l’éclatement, aux querelles intestines, aux revirements idéologiques les plus brutaux : de l’apogée du mouvement asilaire à la sectorisation, du « traitement moral » de Pinel à la découverte des neuroleptiques, de la psychanalyse aux thérapies cognitivo-comportementales.

Dès lors, le jeune psychiatre se trouve confronté à des choix parfois difficiles et éprouve quelques difficultés à faire sienne cette histoire mouvementée. Comment peut-il se repérer dans les querelles théoriques, cliniques, épistémologiques qui animent cette discipline ? Comment concilier un goût pour les sciences humaines et la nécessité d’une rigueur propre à l’approche statistique ? Comment croiser les apports nécessaires de l’antipsychiatrie et les bienfaits des institutions de soin ? Comment entendre le sujet au-delà de ses symptômes ?

Des psychiatres, des psychanalystes et des philosophes expérimentés ont accepté de livrer leur approche des savoirs en psychiatrie et de faire ainsi œuvre de transmission auprès des jeunes professionnels en santé mentale.

Penser la psychanalyse avec Lacan


Qu’est-ce qui donne le plus à penser au psychanalyste ? Qu’est-ce que la psychanalyse ne pense pas encore ?

« Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée, quand c’est le réel de l’expérience psychanalytique qu’il est question de penser, dans ce livre, avec Lacan ?

S’orienter dans la pensée, puisqu’au dire de Lacan nous pensons avec nos pieds, c’est marcher. Ce que pratiquait Aristote. Marcher, comme dit écrivant Madame Bovary Gustave Flaubert, droit sur un cheveu. Mais pour marcher droit sur un cheveu que faut-il savoir ? Il faut savoir se faire fourmi, comme celle que dessine Escher traçant sa piste sur la ligne plus mince qu’un cheveu du ruban de Möbius. C’est sur son grand huit que se lance la parole dans l’expérience analytique, au bord du trou de l’inconscient où penser c’est perdre le fil.

D’où le vertigo d’Œdipe sur le grand huit de la vérité. Giorgio de Chirico l’a bien compris : devant la sphinge aux yeux clos, Œdipe n’a plus sa tête. C’est sur ce mannequin métaphysique d’Œdipe que Freud a taillé sur mesure son complexe normatif.

C’est au-delà de l’Œdipe qu’avec Lacan (mais aussi Bataille, Blanchot et Beckett) nous avons à penser l’inconscient et le symptôme, la passe et le contrôle, la jouissance et la féminité, l’angoisse et la phobie, la tristesse vicieuse et le déchet, la ségrégation et les camps. »

M. B.